À propos de vous
Bonjour Léa, pouvez-vous nous raconter la naissance de Jungle Exquise et ce qui vous a mené à la broderie d’art ?
Bonjour !
Passionnée par le dessin, la peinture, le fil et le tissu depuis mon enfance, j’ai appris le tricot, le crochet et la broderie avec ma grand-mère. Je me suis donc naturellement orientée vers un bac en Arts appliqués.
Quand j’étais en classe de première on m’a montré un reportage sur la Haute-couture. J’y ai vu les brodeuses en plein travail. Et là, ça a été une véritable révélation !

Ca ne m’a pas quittée depuis. Aussitôt après le bac j’ai commencé ma formation en broderie d’art. J’ai appris ensuite que mon arrière grand-mère était elle-même brodeuse. J’ai créé Jungle exquise en 2016 pour exprimer mon univers qui mélange des inspirations XVIIe et XVIIIe et une passion pour la nature.
Que signifie pour vous le mot « exquise » dans votre nom ? Est-ce une référence à une vision du beau, du détail, ou autre chose ?
Le terme “exquis” est parfois défini comme “produisant une impression agréable sur les sens par sa délicatesse”. C’est exactement ça, c’est la subtilité, le sens du détail, l’amour de la beauté. C’est vraiment une référence aux arts des XVIIe et XVIIIe siècles français qui expriment parfaitement ces notions;
Comment avez-vous découvert la broderie d’art, et comment ce savoir-faire s’est-il imposé dans votre vie ?
Oups ! Je me suis peut-être un peu trop étalée plus haut mais je crois que j’ai tout dit !
Un univers textile entre rêve et précision

Comment décririez vous votre style artistique et les émotions que vous cherchez à transmettre à travers vos créations ?
Je dirais que j’ai un univers onirique. Je cherche à partager ma vision de la nature, aussi pure que sophistiquée , devant laquelle je ne cesse de m’émerveiller chaque jour !
Vous utilisez des techniques comme le crochet de Lunéville, le stumpwork, la cannetille… Pouvez-vous expliquer ces gestes à quelqu’un qui ne connaît rien à la broderie d’art ?
Ce que j’aime dans la broderie d’art, c’est le champ des possibles en terme de couleurs, de matières, de textures, mais aussi de volumes. Pour moi, broder, c’est comme écrire mais avec une aiguille ou un crochet à a place du stylo ! Les gestes s’enchaînent lorsque l’on écrit des mots et créent une histoire à voir et à ressentir.
Où trouvez-vous l’inspiration pour créer une pièce ? Est-ce d’abord un matériau, une couleur, une idée, une musique ?
Ce qui m’inspire, c’est tout simplement la nature. Les rayons du soleil à travers les feuilles, les gouttes de rosée sur l’herbe, les strates de brumes à l’horizons…., mes yeux les traduisent en enchevêtrements de fils, perles et tissus.
Matières, savoir-faire et engagement
Vous travaillez avec des matériaux nobles, recyclés ou locaux. Pouvez-vous nous parler de votre démarche éthique dans le choix des matières ?
Effectivement je suis très exigeante sur mes matières premières. J’ai étudié un an l’eco-conception et cela m’a vraiment interpellée. Dans le contexte actuel, créer n’est pas sans impact. Et la poursuite de la beauté et de l’art n’excusent pas tout ! Il me tient donc à coeur de travailler à partir de chutes ou de matériaux anciens, dans la mesure du possible. En plus d’être moins impactant pour l’environnement, ça donne un supplément d’âme aux créations et en plus ça pimente la création !
Travailler avec des contraintes, ça booste la créativité…
Quel lien entretenez-vous avec la lenteur du geste, le fait main, et l’exigence que demande votre travail ?
Pour ça, je suis très sensible à la philosophie japonaise qui a compris cela mieux que nous : C’est le temps de travail qui donne de la valeur aux objets.
Ainsi une œuvre en carton peut avoir autant de valeur qu’une œuvre en diamants : c’est le travail de la main et l’exigence du savoir-faire qui comptent ! C’est cela qui donne vie aux objets.
Que signifie, selon vous, « ennoblir » un textile ou un objet ?
C’est exactement ça, c’est prendre le temps ! Prendre le temps de comprendre la matière pour pouvoir la sublimer.
Créations et collection
Pouvez-vous nous présenter quelques-unes de vos pièces phares comme Marqueterie d’or, Orfèvrerie sur papier ou Plumes de Pénélope ?
Je m’intéresse beaucoup à l’histoire du trompe-l’oeil. Car le trompe-l’oeil nous pousse à être très inventif et à repousser les limites des techniques et des matériaux. Et, finalement peu importe si le résultat final trompe réellement l’oeil ! Ce qui compte c’est d’avoir été explorer les choses en profondeur.
Orfèvrerie sur papier, c’est une recherche autour des effets de l’orfèvrerie du XVIIIe. L’œuvre se présente comme un “sampler”, ces abécédaires qui servaient autrefois à pratiquer ses points de broderie et qui étaient à la fin à la fois une expérimentation et une œuvre encadrée. Le papier comme support, c’est une façon de décaler, de moderniser la matière et les motifs très classiques.
Les plumes de Pénélope sont elles aussi inscrites dans cette démarche. Mais ce qui me plait justement, c’est de pouvoir décaler, et non pas faire des plumes d’oiseaux qui existent déjà mais imaginer de nouveaux oiseaux… C’est le côté onirique et fantastique de mon univers. Parfois les plumes se parent de dorures comme les plumes montées sur encrier qui sont vraiment pour moi des plumes d’oiseaux mythiques : Phénix, etc.. Finalement, le trompe-l’œil n’est qu’un prétexte : à quoi bon reproduire quelque chose qui existe déjà ?
C’est une prouesse technique, oui, mais pour moi l’Art ne se résume pas à des prouesses techniques.
Comment imaginez-vous un bijou textile ou une œuvre murale : est-ce une commande, un élan personnel, une recherche artistique ?
Ca part en général d’un élan personnel ! J’ai une imagination débordante donc je n’ai pas le temps de produire toutes mes idées.. mais j’ai un univers qui est quand même très marqué, on n’aime ou on n’aime pas. Donc, les personnes qui me passent commande sont déjà sensibles à mon univers, elles me laissent donc pas mal de liberté en général lorsqu’elles me passent commande… Elles me font totale confiance et ça c’est génial !
Quelles émotions ou réactions vos clients partagent ils en découvrant vos pièces ?
En général, ils sont happés par mon univers qui est très coloré et contrasté. Ils sont souvent interpellés car je casse les codes en terme de formes et d’associations de couleurs. Mais, quand ils se laissent emporter dans le rêve, c’est très très gratifiant et émouvant. J’ai un univers qui suscite des réactions assez fortes, dans un sens comme dans l’autre d’ailleurs !
Travaillez-vous aussi sur commande ou sur-mesure pour des particuliers ou des professionnels (mode, décoration, scénographie…) ?
Bien sûr, je travaille sur commande pour tous types de travaux brodés à la main, sur vêtements, accessoires, bérets, costumes, tableaux, etc.. Je travaille régulièrement sur des mini collections de bérets brodés, et je travaille aussi avec une maître tailleur sur des tenues pour des particuliers.
Où peut-on découvrir vos créations ? Participez-vous à des événements ou marchés, ou proposez-vous de visiter votre atelier ?
On peur retrouver une partie de mes bijoux justement à la Manufacture de bérets à Orthez (64). Mais ça, c’est quand je ne suis pas en expo, effectivement je me déplace environ une fois par mois sur des fêtes médiévales, salons d’artisans d’art, fêtes des plantes ou encore ventes de Noël (toutes mes actualités sont à retrouver sur mon site et dans ma newsletter).
Sinon on pourra bientôt visiter mon atelier car je suis en train de déménager, mais ça restera sur rendez-vous car je suis souvent en vadrouille car en plus de tout ça je suis aussi formatrice en broderie auprès de professionnel(les) en couture.
En plus de ça je fais partie de l’association Artelandes, avec laquelle je fais plusieurs expos dans l’année avec mes tableaux. J’en ai notamment une grosse à venir au mois de novembre au Crédit agricole de Dax (40).
L’artisanat d’art au quotidien
À quoi ressemble une journée dans l’atelier de Jungle Exquise ?
Je me lève et je gère l’administratif, parce qu’il y en a pas mal à gérer entre les inscriptions aux évènements, les commandes, les mails, le site, le blog, la newsletter, etc ! Ensuite, les impératifs, préparer les ateliers, les expos, bricoler le stand, recréer du stock, et avancer les commandes. Et jongler avec les expos, les ateliers et les déplacements ! Et quand il reste du temps, créer des nouveautés ! Depuis un an je n’ai pas le temps. C’est plutôt bon signe mais ça me manque un peu. Ca fait de très grosses journées !!
Quelles sont les plus grandes difficultés rencontrées lorsqu’on vit de l’artisanat textile en France aujourd’hui ?
C’est compliqué pour différentes raisons . La première bien sûr est qu’en France avec le développement de la fast fashion, de l’importation, du discount etc nous avons oublié la valeur du travail fait main, mais aussi la différence entre un article que l’on paiera plus cher et que l’on gardera des années et un article moins cher mais qui sera foutu au bout d’un an.
Les réactions de la moyenne des gens quant à nos tarifs sont toujours difficiles à gérer au début. Après, on s’habitue ! La deuxième difficulté à laquelle je suis confrontée est que le but de la broderie ce n’est pas un produit fini. Donc c’est assez abstrait pour la plupart des gens. Il faut réussir à trouver un créneau (comme les bijoux) si on veut monter sa marque et/ou trouver des collaborations fiables et de qualité si l’on veut s’orienter vers le vêtement ou autre et toucher plus de clients.
Et à l’inverse, quels sont les plaisirs ou satisfactions qui vous portent au quotidien ?
Livrer des commandes et voir l’émotion dans les yeux des clients et la confiance qu’ils me font ! Voir l’émerveillement des gens qui rentrent dans mon stand sur les évènements… Et le plaisir qu’ont toutes mes elèves à venir me retrouver pour broder !
Proposez-vous des formations ou des ateliers pour le public ?
Je propose une fois par mois une journée de découverte à la broderie à la brocante éco-solidaire de Mimbaste (40). J’y reçois des débutant(e)s mais j’ai aussi un petit noyau dur d’élèves passionnées qui reviennent régulièrement depuis plusieurs années. Je suis aussi formatrice agréee pour l’AFMA, un organisme de formation pour les couturières professionnelles.
Pour conclure
Si vous deviez décrire Jungle Exquise en trois mots, lesquels choisiriez-vous ?
Jungle exquise, c’est la broderie comme terre d’évasion pour les esprits rêveurs. Car la broderie d’art ce n’est pas un passe-temps de coin de cheminée !
Broderie
Terre d’évasion
Esprit rêveur

Quel conseil donneriez-vous à une jeune artiste ou artisane textile qui hésite à se lancer ?
Etre bien sûre que c’est cela qui l’anime le plus ! Car ça demande beaucoup de sacrifices au quotidien et sur le long terme. Il faut réussir à ne pas s’essoufler, ça peut mettre beaucoup de temps à se débloquer. Il faut être souple, savoir s’adapter, rebondir, et surtout ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier ! Et surtout, il ne faut pas se laisser écraser. Ne laissez pas les gens vous dire que votre métier ne sert à rien ! Dans ce monde de bruts c’est très important d’essayer d’apporter de la douceur et de la beauté.
Et enfin, quel message aimeriez-vous transmettre aux générations futures pour leur donner envie de préserver l’art du fil ?
Les arts du fil existent depuis la nuit des temps ! Même si aujourd’hui dans notre société nous sommes souvent considérés comme ‘inutiles”, ça n’a pas toujours été le cas dans l’histoire ! Nous devons défendre nos savoir-faire ancestraux car savoir apprécier la beauté c’est aussi ce qui nous rend humains et empathes. Et il y a tellement à faire aujourd’hui en terme d’upcycling, nous avons tellement de matières premières à notre disposition , de “déchets” qui ne demandent qu’à avoir un second souffle !


